Cette article sur le vauclusien Marc Monge montre bien la façon dont les choses se déroulent lorsqu'il s'agit de machines à sous: des morts en pagaille. De plus, cet article retrace les évènements les plus marquants qu'aient connu les Milieu du Vaucluse et du Gard dernièrement .Marc Monge, dit selon les époques le Blond, le Diable, puis le Boiteux, est né en 1953 et a fait ses classes à Carpentras, dans le Vaucluse. Son père, Serge, proche du SAC (Service d'Action Civique) a été retrouvé carbonisé dans une décharge publique de la Drôme en octobre 1977. La même année, Marc esquivait une tentative ratée de meurtre.
Il va par la suite se lancer dans divers domaines, entre le Vaucluse et la Belgique : le racket, le vol, le cambriolage, le braquage... C'est en 1983 qu'on parle pour la première fois de lui. Le 8 mars de cette année-là, Johnny Chicin et Daniel Scotti tentent de plastiquer le bar d'un marseillais qui refuse de payer l'amende que Monge lui aurait fixé. Mais les deux racketteurs, manquant d'expérience et de professionalisme, manipulent mal l'engin et se font sauter dans leur véhicule, près d'une synagogue de Marseille. On crie d'abord à l'attentat antisémithe, avant de constater qu'il n'en n'est rien. Quelques mois plus tard, Monge est interpellé à Paris pour cette tentative de racket.
Puis il va enchaîner les années de prison : il est condamné en 1986 pour un cambriolage perpétré dans le Vaucluse, puis en 1989 pour le braquage d'un poids lourd en Belgique, et enfin pour trafic de haschich, toujours en Belgique. Il ne sortira de prison qu'en 1997.
L'ascenssion, enfin
Si Marc Monge s'est fait seul dans la région de Carpentras, il est néanmoins resté dans des activités de basse-classe, et n'a prit que peu d'envergure. C'est à sa sortie de prison, en 1997, qu'il va commencer à monter les échelons de la pègre, en se lançant dans les machines à sous, poussé par son meilleur ami, Serge Martin. Lors d'un interview donné à Xavier-Marie Bonnot en novembre 1999, Monge parlait en ces termes : "Serge [Martin] est le seul à m'avoir tendu les bras quand je n'avais plus rien. C'est lui qui m'a poussé à monter une société de jeux en me disant que c'était l'avenir. [...] Je n'avais aucune autre solution que de m'implanter sur le terrain des machines à sous à ma sortie de prison. La reconversion, je n'y crois pas. Reste donc le système D comme débrouille...". Par ailleurs, Monge cultive un profond sens de la vendetta. Du coup, à partir de 1997, sa vie n'est plus rythmée que par des coups de feu. Comme il le disait lui même dans cette même interview : "tuer pour une machine c'est absurde. Il faut en effet en tuer un mais ensuite il y a un phénomène naturel de vengeance. Il faut alors les tuer tous...". Cest avec cette logique-là que Monge va s'imposer sur le marché des machines à sous du Vaucluse et du Gard, appuyé de ses lieutenants Pellier, Privat, Martin, Schaeffer... allant jusqu'à contrôler une bonne cinquantaine de "barraques". En sachant que Monge est en place dans un département plutôt rural et non dans un grand centre urbain, ce chiffre est élevé.
Et l'argent récolté va lui permettre d'investire avec sa bande dans la cocaïne et surtout le cannabis, avec pour couverture la société G2TOUT, une entreprise d'importation de carrelage marocain. Cultivée au Maroc, l'huile de cannabis y est conditionnée par paquet de vingt kilos, puis chargée au milieu du carrelage et transportée par containers de Casablanca jusqu'à Marseille. Là, l'équipe Monge n'a plus qu'à récupérer la marchandise dans le dépôt G2TOUT et à l'envoyer en région parisienne pour alimenter des semi-grossistes. Au total, ce serait près de dix tonnes de cannabis que la bande aurait importé en 1998, ainsi que 6 kilos de cocaïne.
Règlements de compte en cascade
Mais avant ça, Monge a d'abord dût faire sa place dans le monde des "barraques". C'est dans cette optique qu'il a peut-être commandité l'assassinat de Jean Toci, 64 ans. Cet ancien lieutenant de Zampa avait en effet de nombreuses machines à sous, notamment dans le Vaucluse. Le 7 mai 1997 il est abattu à Istres avec sa compagne. Bien sûr, la culpabilité de Monge dans cet assassinat n'est pas prouvée, ni même vraiment évidente. Mais comptant des truands ayant travaillé avec Toci dans ses rangs, comme par exemple Serge Martin, il est possible que Monge ait pousser par leurs intermédiaires des lieutenants de Toci à abattre leur patron. Le plus important de ses hommes, Charly Lecouls, dit Charly la Gâchette, et son accolyte Sauveur Manzo, ne vont pas tarder à se rapprocher de Marc Monge.
Tout cela n'est pas pour plaire à ceux qui sont restés fidels à Toci : le 17 octobre 1997, Serge Martin se fait tirer dessus dans une cabine téléphonique d'Avignon. Blessé, il s'enfuit et est achevé de huit balles sur le parking d'un centre commercial. En septembre 1998, ce sont Charly la Gâchette et Sauveur Manzo qui paient l'addition. Leurs corps carbonisés sont retrouvés dans leur voiture près de Saint-Maximin, dans le Var. L'un de leurs assassins est abattu de douze balles devant un bar du Vaucluse. Marc Monge n'aura pas le temps d'accomplire complètement sa vengeance car les deux autres assassins, Serge Nalin et Chaouki Bouskaya, sont arrêtés en juin 1999 pour ces trois meurtres.
Entretemps, en septembre 1997, à la sortie d'une boîte de nuit de la Drôme, Monge est victime d'une tentative ratée de meurtre. Le coupable présumé, Paul Farrugia, paiera lui aussi, un peu plus tard. En attendant, Monge souhaiterait étendre son empire sur le Gard, et en particulier sur l'axe Nîmes-AVignon. Mais problème, la place est occupée par Serge Leynaud, 52 ans, ancien braqueur et trafiquant de drogue, ex-propriétaire de casinos en Afrique Noire, à la tête de diverses sociétés gérant des établissements de nuit et maître des machines à sous nîmoises. La bataille pour le Gard commence alors...
Le 12 mai 1999, sur la route d'Uzès, une moto se porte à la hauteur d'une voiture arrêtée au feu. Les deux hommes à moto font feu sur le conducteur du véhicule. Serge Leynaud, atteind de quatre balles, s'écroule. Les nîmois répliquent rapidement à cette attaque : le 28 du même mois, Vincent Pili est abattu dans son restaurant de l'Hérault, puis le 10 juin le principal lieutenant de Monge, Gérard Privat, est à son tour assassiné. Avant cela, Monge avait déjà prit les devants en faisant abattre le 2 juin Jean-François Micheluggi, le lieutenant de Leynaud, à Nîmes. Puis par précotion, deux autres proches de Leynaud seront tués : André Mas tombe le 8 septembre à Avignon et Mario Baptiste est mortellement blessé à Alès le 22. Et pour clore la série, Paul Faruggia est assassiné le 1er octobre 1999 avec sa femme Ghislaine Monserie dans le Alpes-de-Hautes-Provence.
L'après-midi du samedi 8 janvier 2000, Marc Monge se rend tranquillement à une vente aux enchères à Saint-Ouen, en région parisienne. Mais un commando de quatre hommes en voiture l'en empêche, l'abattant sur place. Le fils de Marc Monge n'aura presque pas connu son père, et sa femme Nadia, qui a du mal à subvenir à ses besoins, tente par tous les moyens de défendre la mémoire de son homme. Bien que le meurtre de Monge ait eu lieu en région parisienne, les commanditaires viennent bel et bien du sud. Certains évoquent la responsabilité de Raphaël Liminana, lui-même tué le 21 novembre 2000 en compagnie de son ami Abdel Djendoubi, sans doute par une équipe de Raymond le Chinois. Actuellement, celui qui a prit la place de Monge semble être Bogdan Djokic, un bosniaque d'origine lui aussi né à Carpentras.
En attendant, un ex-lieutenant de Monge, Éric Schaeffer, est abattu en plein centre de Nîmes le 7 mars 2000. Le lendemain de son assassinat, vingt-trois membres de l'équipe de Monge sont interpellés dans le Gard et le Vaucluse dans le cadre du trafic de haschich déjà cité. Les perquisitions dans des villas de Bagnoles, d'Orange et du Sablet ont permis de saisir des centaines d'armes de poing ou d'épaule (Famas, Uzi, Skorpio), des milliers de munitions (dont des rocket), cent détonateurs, quinze grenades, trente-quatre pains de plastique, des uniformes de gendarmes, des scanners, des gyrophares, des gilets pare-balles... Un véritable arsenal de guerre avec lequel la bande aurait put faire de gros dégâts.